Accueil Des pierres qui parlent Présentation de l'église St-Paul de Poitiers
Présentation de l'église St-Paul de Poitiers PDF Imprimer Envoyer
L'église St-Paul de Poitiers, présentée par son architecte, Madeleine Ursault.


Le 28 juin 1954, était posée la première pierre, bénite par Mgr Vion, alors coadjuteur de Mgr Mesguen, évêque de Poitiers. Cela nous replonge dans notre jeunesse !

Moi, qui en suis l'architecte, j'étais bien inconsciente de ce que j'entreprenais : ma profession d'architecte qu'inaugurait mon diplôme ! Et j'avais la chance, assez rare, de réaliser ce diplôme !



Que je sois choisie ne tenait pas à moi mais au fait que le terrain qui avait tenté l'évêché pour créer une nouvelle paroisse, appartenait à mes grands parents maternels : c'était la fromagerie créée par mon grand-père, affineur de fromages de chèvre, la fine fleur du terroir, le chabichou !

 

Cette construction attendue, c'était un beau sujet de diplôme, et l'urgence m'obligeait a le prendre à bras le corps. En effet, les habitants du quartier étaient éloignés de leur paroisse, la cathédrale. Enfants, bien souvent, nous avons descendu à la hâte 1e « Pont Neuf», à pied bien sûr, le dimanche matin pour la messe de 8hl/2, célébrée par Mgr Peigné à la « Chapelle des Paroisses ».

Comment appeler cette paroisse, filiale de la cathédrale St Pierre ? Un vocable s imposait, celui du rude compagnon de Pierre, si présent dans les Actes, bien que le plus souvent en prison ; d'abord ennemi juré dans son intransigeant judaïsme, puis apôtre, 1' « Apôtre » passionné de Jésus, Saint Paul.

Le terrain comportait le bâtiment de fromagerie et ses annexes, dont l'écurie du brave cheval, ensemble conservé pour devenir la Cure et son accueil, les salles paroissiales, le garage, et abri... L'église proprement dite allait devoir occuper la presque totalité du reste du terrain libre, en laissant dégagé sur la rue l'espace de la rampe d'accès, des effusions des fidèles après l'Ite Missa Est et aussi du feu du samedi saint.

Car il la fallait assez grande, cette église, pour contenir les habitants d'un faubourg en extension, depuis Montbernage jusqu'à l'approche de St Benoît et Mignaloux.

Pas de temps à perdre, pas de terrain non plus. Pour le temps, le Curé Chatelier pressait et motivait tout son monde, orchestré de plus par le dévoué et talentueux tailleur de pierre sculpteur Jean Goupy, qui rassemblait les moellons et la chaux et aussi les hommes. Si bien que les fidèles firent eux-mêmes fondations et bases des murs, ragaillardis par la barrique de vin qui trônait dans la cour.

La barrique vidée, il fallut trouver une entreprise : Corado Ménaldo a tenu ce rôle, de main de maître, comme son nom l'indique, prédisposé par son origine italienne à œuvrer dans la pierre.

Quelle forme pleine donner à cette église sans perdre de terrain ni de temps ?

Pas n'importe quoi tout de même, une forme accueillante et ouverte à la lumière ! plan_eglisSt-Paul

Très vite s'est imposé le Pentagone : Forme mythique, symbole d'équilibre, de stabilité, en son cercle, de construction simple de plus ; les autres figures inscrites dans le cercle, hexagone, octogone, tournent comme des toupies sur le vide, comme suivant le Yin et le Yang !

Ce pentagone s'inscrivait, lui, comme inné dans le terrain, depuis sa limite Nord Nord-Est.

De plus cette figure évoque le Sacré avec ses 5 côtés et apothèmes dérivées de √5, nombre irrationnel, racine impossible à extraire exactement, comme d'essence spirituelle.

D'ailleurs le Nombre d'Or qui détermine les proportions du corps humain comme celle des pyramides ou des temples grecs, réputé parfait, comporte la même base √5.

w_facade_St-PaulIl s'imposait pour pénétrer dans le pentagone, et fut donc choisi et décliné sur la façade d'entrée pour répartir les pleins et les vides, et déterminer leurs surfaces. Je laissai volontiers cette étude à mon frère Pierre, lui aussi architecte, et à son ami le peintre Michel Nourry, féru d'ésotérisme. A eux, merci !

Pour entrer il est tout à fait permis, peut-être même recommandé, d'oublier tout cela.

Nous entrons dans un vestibule -autrefois le narthex- bas sous la tribune, qui précède le grand volume dégagé du pentagone, nef, comportant au fond le sanctuaire qui nous fait face.

Ce vestibule lui, comptait à sa droite le baptistère, considéré à l'époque comme essentiel pour « entrer en christianisme » maintenant inutilisé. Il avait à gauche de l'entrée son pendant, le confessionnal, lui aussi maintenant supprimé, par lequel on pouvait retrouver son intégrité baptismale.

Le pentagone va en s'évasant vers le sanctuaire et la lumière, limité par ses deux cotes contigus au vestibule d'entrée- l'un à gauche- haut mur aveugle côté mitoyen Nord-Nord Est tout entier monté en moellons de Chauvigny hourdés à la chaux- grand mur qui a tenté et inspiré le grand peintre Vieira da Silva !

L'autre à droite ouvrant au sud sur une chapelle latérale, où se situe maintenant le tabernacle et se réunissent les fidèles dans la semaine.

w_Croix_etoileA l'origine, le tabernacle faisait face à l'entrée en fond du sanctuaire, à la base du grand Christ en croix, élevé de terre sur la Croix disent les évangiles, ici étendant les bras dans la lumière qui l'entoure. En effet, sur l'ensemble des deux faces fermant le pentagone, face à l'entrée, ceci sur un soubassement de mur en moellons de 2m50 environ de hauteur qui permet l'accès à la sacristie, la lumière est dispensée latéralement sur toute la longueur de ces deux côtés, filtrée par des palplanches qui à la fois, masquent les vitraux et diffusent la lumière comme je l'avais vu au réfectoire de l'abbaye du Mont St Michel.

Hélas les palplanches coulées en béton clair brut de décoffrage, irisées au soleil par les traces de planches de coffrage, ont été malhonnêtement enduites au ciment pur, avec coulures foncées garanties en sus du marché ! Pour moi c'est quasi irréparable. Si vous connaissez un remède ?

Le Christ en croix occupe donc l'axe entre ces deux faces qui forme à l'extérieur contrefort, ainsi que les extrémités des deux murs latéraux nord-nord-est et sud-sud-est.

Et le Christ en croix est la pierre angulaire de l'édifice.
Dom Le Bocq, de l'abbaye de Ligugé, maintenant en son éternité, chargé de m'épauler pour cette édification, architecte lui-même, a recherché et fait graver sur la pierre, base du crucifix, la  belle phrase de St Paul en l'épître aux Philippiens, sur la pierre angulaire qu'est le Christ, qui nous attend tous « pour nous intégrer à la construction, et devenir nous aussi demeure de Dieu ». Chacun peut la lire et la prendre à son compte.

Madame Carole Benoît, et cela m'enchante, évoque, en ce Christ élevé dans la lumière, une cosmogonie chrétienne : de l'aube à la nuit les rayons du soleil tournent autour du Christ d'est en ouest, récapitulant tous les astres du ciel que meut le soleil en son parcours, monde en évolution de l'Alpha à l'Oméga autour du Seigneur Dieu logos des commencements, et Sauveur de l'Univers, dont nous sommes, modestement ! De quoi ravir en son éternité le vieux père Teilhard de Chardin lui-même ! Au détail près que je n'y avais pas pensé. .

J'avais prévu la statue de Marie, elle aussi dans la lumière, à la base des palplanches et vitraux, et de la croix. Mais elle est, très humblement, au sol du Sanctuaire.

L'ensemble des vitraux, verres épais colorés par cuisson au four, éclatés, enchâssés en pourtours de béton finement armé, furent étudiés, dans leurs nuances de bleu et de gris, et la brillance due au sélénium, des rouges et ors cuivrés, et exécutés par Gabriel Loire et son atelier de Chartres.

Aurais-je oublié la charpente ? Non. Elle aussi, prévue en « lamellé- collé » des poutres maîtresses, dessinant le cœur du pentagone étoile, mini-pentagone dont les côtés se prolongeaient jusqu'aux angles du pentagone de la nef, jugée trop coûteuse, a été remplacée par une charpente exécutée en petits éléments de bois cloué formant des poutres en V qui vont en s'évasant vers le fond du sanctuaire - pas facile à dessiner exactement ni à exécuter, doivent se souvenir, comme moi, les charpentiers ! Cette charpente s'élève aussi vers le sanctuaire et le contrefort de la pierre angulaire, dégageant l'ampleur du volume, et donnant la pente au toit.

Elle fut conçue et savamment calculée par un ingénieur spécialiste de la charpente. Monsieur Grabowsky, et deux charpentiers, compagnons du devoir, sont venus monter à eux seuls cette charpente, seulement aidés pour la mise en place par quelques malabars de la paroisse. L'un des charpentiers a fait en ce chantier connaissance de son épouse, et vit chez nous, non loin de Poitiers.

L'autel de pierre a été remplacé depuis quelques années par un autel rond de bois et métal, qui symbolise le pressoir, riche de sens.

Le grand mur nord-est est décoré par quatre belles tapisseries, conçues par Monique Laurenceau, longtemps dévouée corps et âme à sa paroisse, et réalisées par elle et sous sa direction, par les fines aiguilles de la paroisse, qui n'ont rien des grenouilles de bénitier. Elles on tenu ici le rôle des sculpteurs et fresquistes du Moyen Age, avec comme eux une belle verve. Même le chien noir du Père Paul, qui parfois, s'évadant, venait le rejoindre à l'autel, est là dès la création.

C'est une belle façon de figurer méditation et prière des fidèles que Vieira da Silva avait vues, puisque les artistes ont des songes, et préfigurées, s'élevant elles aussi vers la Lumière et le Seigneur Dieu, créateur de l'Univers et notre Sauveur !

Madeleine Ursault,
toujours fidèle paroissienne,
a rédigé ce texte en juin 2004,
pour le cinquantenaire de la première pierre.

 

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